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Worte des Metropoliten

Voies de paix. Retour à la non-violence : les religions se questionnent elles-mêmes (Münster, Münster (10.09.2017)

 Discours soutenu à l'occasion des Conférences „Paths of Peace” organisées à Münster (10-12 Septembre 2017) par la communauté „Sant' Egidio”.

C’est pour moi un honneur de prendre la parole à cette table ronde et d’apporter une petite contribution du point de vue de la Tradition chrétienne orthodoxe au thème général de notre Rencontre: « Voies de paix. Retour à la non violence : les religions se questionnent elles-mêmes ». C’est avec gratitude que nous, hommes de religions et de cultures différentes, remercions la Communauté de Saint Egidio, spécialement son fondateur, Prof. Andrea Riccardi, pour son effort constant de sensibiliser les responsables des États et des religions pour l’impératif vital de l’humanité, celui de justice et de paix. Car nous sommes convaincue que tant qu’il n’y a pas de justice, il n’y aura pas de paix. Malheureusement le fossé entre les pays riches et les pays pauvres s’accroisse de plus en plus, car la folie de l’argent n’a aucune limite. C’est pourquoi les guerres se multiplient à travers le monde et aussi les attentats meurtriers, souvent au nom de la religion.

« D’où viennent les conflits, d’où viennent les combats parmi vous », se demande l’apôtre Jacques: - « N’est-ce pas de vos plaisirs qui guerroient dans vos membres? Vous convoitez et ne possédez pas; vous êtes meurtriers et jaloux, et ne pouvez réussir; vous combattez et bataillez. Vous ne possédez pas parce que vous n’êtes pas demandeurs; vous demandez et ne recevez pas parce que vos demandes ne visent à rien de mieux que de dépenser  pour vos plaisirs… » (1, 1-4). Ainsi l’homme, par la folie de ses plaisirs, détruit la création de Dieu, exploite sans merci ses frères dans l’humanité et se détruit lui-même.  Lorsque l’homme oublie Dieu et ne vit plus selon ses commandements donnés pour protéger la vie ou, pire encore, se met, dans sa folie extrême, à la place de Dieu, un tel homme vit et agit contre sa propre nature, contre ses semblables et contre la création, son milieu de vie. Il n’a plus de scrupules, selon la devise: « si Dieu n’existe pas, tout est permis ».

Un autre extrême, peut être encore pire, c’est l’instrumentalisation de la foi, son changement en idéologie. On condamne les autres, on exclue les autres, on tue même les autres au nom de la foi et au nom de Dieu. Sans se rendre compte qu’en agissant ainsi on nie la foi et Dieu lui même. Malheureusement toutes les religions et toutes les confessions connaissent de tels milieux fondamentalistes, plus ou moins extrémistes et violents. 

Contre toutes ces déviations, nous, hommes de religions, nous ne pouvons agir ni par force, ni par interdictions. Car ce serait tombé dans la même logique. Nos armes sont spirituelles et avant tout la force de l’exemple personnel. Nous chrétiens, nous croyons que notre Seigneur Jésus Christ est venu dans le monde pour sauver l’homme justement par l’exemple de sa vie offerte pour les siens, pour l’humanité toute entière. Il n’a rejeté personne, n’a condamné personne. Tout au contraire, il a appelé tous à lui : «Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. Oui, mon joug est facile et mon fardeau léger » (Mathieu 11, 28-30). Être à l’école du Christ signifie suivre son exemple, s’efforcer par la prière et l’ascèse à parvenir à un cœur doux et humble, à un cœur pacifié, libre de passions qui le met en colère et lui fait perdre son unité.

C’est pourquoi la spiritualité chrétienne s’adresse au cœur de la personne afin qu’il devienne semblable au cœur du Christ, au cœur du Dieu fait homme.

Pourquoi le cœur et non pas l’intelligence ou la raison qu’on exalte tant aujourd’hui? Parce que le cœur est le centre de la personne, le lieu où la personne se récapitule, se rassemble et retrouve son unité ontologique avec toute l’humanité et toute la création. Toutes les puissances (énergies) physiques et psychiques de l’homme et de l’univers se concentrent dans le cœur. C’est pourquoi toute vie spirituelle doit engager le cœur. En dehors du cœur il n’y a pas vraiment de vie spirituelle. L’homme au cœur uni n’est séparé de rien et de personne. Tout vit en lui. Et cet état lui donne la paix et la joie d’être uni à tous et à tout. Le signe le plus concret de cet état intérieur est le sentiment d’amour et de compassion pour les humains, pour les animaux et pour tout ce qui vit, comme le dit Saint Isaac le Syrien (moine du VIIème siècle). Au contraire dans l’état du péché, le cœur perd son identité profonde et son unité. Il éclate, se divise, se multiplie. « Mon nom est légion », répond le possédé de Gadara (Marc 5, 9). Et avec le coeur toute la personne perd son équilibre intérieur et la paix. Elle devient égoïste, tourne autour de soi, se referme sur soi et oublie les autres. Elle craint les autres, les regards comme des ennemis et se soulève contre eux. Les autres deviennent pour l’homme troublé dans son cœur une proie sur laquelle il se jette pour ses intérêts égoïstes.

Mais comment pénétrer dans le cœur? Comment changer le cœur, le sensibiliser à la présence de Dieu et de nos semblables qui sont tous les humains à travers le monde? Toutes les religions dans ce qu’elles ont de meilleur et toutes les traditions spirituelles se posent ce problème. Car c’est un besoin fondamental de l’homme de chercher la paix du cœur, sommet du bonheur et accomplissement de la vie.

Pour les chrétiens, la paix du cœur est un don de Dieu, l’effet de la grâce dans la mesure de l’engagement dans la foi. La foi qu’on confesse, loin de se réduire à une connaissance intellectuelle ou à une émotion sentimentale, engage le croyant dans une vie selon les commandements divins. Dieu se cache dans ses commandements. Celui qui accomplit les commandements du Christ, avec l’amour à leur tête, celui-là s’unit, porte le Christ dans son cœur et avec lui toute l’humanité.

Un cœur miséricordieux qui embrasse toute l’humanité et toute la création s’acquière surtout par la prière. Pour le croyant, la prière est le souffle (l’oxygène) de sa vie. Sans prière régulière, l’âme s’endurcit, devient insensible à Dieu et aux semblables et la foi se transforme, sans s’en rendre même compte, en idéologie. Ainsi la religion peut être facilement manipulée selon les intérêts de chacun ou les intérêts de groupe.

Pourtant seule la prière faite avec l’intellect dans le cœur est une prière vraie, authentique, qui transforme le cœur selon le cœur du Christ.  La pratique d’une telle prière exige non seulement l’attention concentrée dans le coeur, mais aussi une vie de tempérance en tout, surtout dans la nourriture car on ne peut pas prier avec l’estomac alourdi par la gourmandise. C’est pourquoi la Tradition ancienne nous recommande la pratique du jeûne alimentaire. La tempérance est elle-même une grande vertu et une vraie bénédiction pour la santé de l’âme et du corps. Elle a aussi des conséquences sociales immenses, surtout dans un monde injuste comme le nôtre.

Ainsi le croyant au cœur purifié et pacifié par la grâce, aidée par la prière et la tempérance est un homme qui rayonne autour de lui paix et amitié. Une communauté de foi se bâtit sur de telles personnes pacifiées et pacificatrices à leur tour. « Heureux les pacificateurs car ils seront appelés fils de Dieu » (Matthieu 5, 9). Nous avons besoin aujourd’hui comme toujours de telles communautés, vivantes, engagées pour la paix et l’amitié entre les hommes. La Communauté de Saint Egidio en est un grand exemple. Nous la remercions!

 

Métropolite Serafim       

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